Starlink : Bruxelles exige le rétablissement « urgent » en Ukraine, Washington renvoie la décision à Musk
Bruxelles a haussé le ton, ce mercredi, contre SpaceX. La Commission européenne exige de l'entreprise d'Elon Musk le rétablissement « urgent » et complet du service Starlink en Ukraine, après plusieurs jours de restrictions signalées sur le front. Mais le dossier vient de prendre un tour nouveau : interrogé le même jour depuis l'Inde, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a renvoyé la responsabilité de la décision... à Elon Musk lui-même.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dénonce depuis plusieurs jours un ralentissement du réseau satellitaire en différents points de la ligne de front avec la Russie — un réseau dont dépendent directement les communications de son armée. Lundi, devant une délégation bipartisane du Congrès américain, il a fait part de sa « profonde alarme » : selon Kiev, ces limitations compliquent les frappes de moyenne portée et l'interception des drones russes, et s'ajoutent à un manque d'alertes précoces de Washington avant les bombardements.
Mardi, Zelensky dit avoir eu une conversation « substantielle » et « constructive » avec Marco Rubio : intercepteurs de missiles balistiques, alerte précoce, et la situation de Starlink et Starshield, qui selon lui « doit être rétablie ». À ce stade, le service n'est pas revenu à la normale.
Ce mercredi, depuis Mumbai, où il est en visite en Inde, Rubio a changé de registre. Selon lui, l'accès de l'Ukraine à Starlink ne relève pas de la Maison-Blanche, mais d'Elon Musk et de sa société : « Je ne sache pas que nous ayons été informés de cette décision à l'avance. Mais c'est sans importance. L'essentiel, c'est que tout cela est régi par un contrat commercial privé », a-t-il déclaré à la presse, selon Reuters. Le contraste est net avec sa position de samedi, où il affirmait que personne n'avait ordonné le ralentissement et que le service avait, selon lui, été rétabli.
Les versions, pourtant, ne concordent pas. Reuters cite deux responsables américains et un responsable occidental selon lesquels la décision viendrait en réalité de la Maison-Blanche — version que l'administration dément — et voit dans les propos de mercredi « un apparent changement de position ». De son côté, le Wall Street Journal rapportait mardi que c'est Elon Musk lui-même qui aurait ordonné le bridage de la version militaire de Starlink, après en avoir discuté avec Donald Trump et des responsables de la Maison-Blanche, selon une source du journal. Ni Musk ni SpaceX n'ont répondu à Reuters. Trump, lui, a publiquement estimé que ni lui ni Musk n'étaient à l'origine du ralentissement.
À Bruxelles, le porte-parole de la Commission pour la Défense, Thomas Regnier, a jugé les informations sur ce ralentissement « profondément préoccupantes » et « incohérentes » avec le service que la compagnie fournissait jusque-là. L'Ukraine, a-t-il rappelé, a besoin de cette connectivité « pour maintenir ses soldats connectés et protéger ses citoyens ».
Le dossier dépasse Kiev. Pour la Commission, cette guerre démontre « à quel point la sécurité de l'Europe dépend de l'espace ». Bruxelles mise désormais sur IRIS², sa future constellation satellitaire souveraine. Mais la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, l'a admis sans détour : « malheureusement », l'Europe ne peut pas remplacer la capacité de Starlink à court terme.
L'épisode met en lumière une dépendance que tout le monde connaissait, mais que personne n'avait mesurée aussi concrètement : la colonne vertébrale des communications militaires ukrainiennes repose sur une seule entreprise privée américaine — et ce mercredi, entre l'exigence de Bruxelles et la réponse de Washington, chacun a pu constater qui tient réellement l'interrupteur.
Denès DERAPE
Journalist / Rédacteur
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