Soudan : les drones sèment la mort dans les marchés et les gares routières.


Soudan : les drones sèment la mort dans les marchés et les gares routières.

Dimanche, à Al-Dibab, dans le Kordofan occidental, des voyageurs attendaient leur transport comme n'importe quel jour. La plateforme routière grouillait de navetteurs, de chauffeurs, de vendeurs. Puis le ciel a frappé. Bilan : 80 morts, selon l'AFP, qui cite un témoin et une source médicale. Quatre-vingts personnes parties de chez elles le matin, qui ne rentreront jamais.

Le lendemain, lundi, c'est un marché qui a été touché : celui d'Amiet, dans la zone d'Abyei, territoire disputé entre le Soudan et le Soudan du Sud. 53 morts, 27 blessés, selon les autorités locales — qui accusent l'armée soudanaise. Les étals, les sacs de provisions, les clients du matin : tout a été soufflé en quelques secondes.

Et ce n'est pas tout. Dans la même vague, des frappes ont visé Nyala, au Darfour du Sud, la capitale Khartoum — où des vols ont dû être annulés — et même un camp de déplacés du Nil Bleu : 41 morts, selon le collectif Emergency Lawyers. Des gens qui avaient déjà tout perdu, fauchés dans l'endroit même où ils cherchaient refuge.

En quelques jours, plus de 160 personnes ont été tuées dans ces attaques de drones, l'une des périodes les plus meurtrières de la guerre civile qui ravage le Soudan depuis avril 2023. L'armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) s'y affrontent sans relâche, et les drones sont devenus leur arme de prédilection : moins chers qu'un avion, pilotés de loin, et d'une précision qui ne protège en rien les civils — au contraire, ce sont les lieux de la vie quotidienne qu'ils atteignent : les marchés, les gares routières, les camps.

Lundi, les Nations Unies ont condamné cette escalade. Le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, a fait état d'au moins 19 morts, dont 10 enfants, pour le seul week-end au Darfour occidental et dans le Kordofan. Le Soudan du Sud, lui, a convoqué l'ambassadeur soudanais après la frappe d'Abyei.

Le Soudan est souvent décrit comme la guerre oubliée du monde. Mais pour la femme qui vend ses légumes à Amiet, pour le chauffeur d'Al-Dibab, l'oubli des autres n'a jamais rien changé : c'est leur ciel, à eux, qui est devenu un danger permanent.

Derape Post, La vérité, sans position.

Denès DERAPE
Journalist / Rédacteur
 

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