« Pas un endroit sûr » : les Haïtiens expulsés des États-Unis, renvoyés dans l'insécurité qu'ils avaient fuie
Ils descendent de l'avion en tenue blanche de détention, les mains menottées et les chevilles enchaînées, sous le soleil de Cap-Haïtien. Certains portent un petit sac qui contient tout ce qui leur reste. D'autres arrivent sans téléphone, sans argent, sans papiers d'identité. Après le contrôle de la police, on leur sert un repas chaud, on leur remet 25 000 gourdes — environ 191 dollars — et on leur paie une nuit d'hôtel. Le lendemain, ils sont seuls.
La scène se répète désormais chaque semaine. Yael Schacher, directrice pour les Amériques et l'Europe de Refugees International, a observé l'arrivée du vol du 8 octobre et interrogé plusieurs des expulsés. « C'est une sorte de situation cauchemardesque pour ces gens », dit-elle. Selon elle, presque toutes les personnes à qui elle a parlé avaient été séparées de leur famille restée aux États-Unis. Un homme arrivé de l'Ohio a fondu en larmes en comprenant qu'il ne pourrait pas rejoindre les siens en sécurité depuis Cap-Haïtien.
Le premier vol de cette nouvelle série est arrivé le 20 août, après la révocation du statut de protection temporaire, le TPS, accordé pour la première fois à Haïti après le séisme de 2010 et qui protégeait environ 330 000 Haïtiens. Depuis, 766 personnes ont été expulsées vers Haïti, selon Human Rights First, une organisation qui suit ces vols, dont le rythme est passé d'un vol par mois à un vol par semaine.
Qui sont ces expulsés ? Human Rights Watch a interrogé 44 d'entre eux, arrivés sur deux vols en août : certains étaient partis depuis deux ans, d'autres depuis plus de dix ans. Ils travaillaient comme aides-soignants, ouvriers agricoles ou ouvriers du bâtiment. Un homme de 38 ans, employé dans un hôtel en Floride, raconte avoir laissé derrière lui sa femme et leur fils de cinq ans, citoyen américain, qui venait de commencer l'école : « Je travaillais pour qu'il puisse grandir sans connaître la peur, la violence et l'incertitude que j'ai connues en Haïti. »
De leur côté, les autorités américaines défendent ces expulsions. Le Département de la Sécurité intérieure affirme que les vols du mois dernier ont renvoyé certains des « pires parmi les pires », en citant 15 personnes condamnées au pénal, notamment pour des faits de violence et de drogue. Mais les vols mélangent des profils très différents : des personnes qui ont perdu leur statut, des détenus qui ont accepté l'expulsion pour sortir de détention, et des personnes condamnées, explique Michelle Karshan, qui dirige un programme d'appui aux expulsés. Interrogé sur le point de savoir si Haïti est un pays sûr pour les personnes renvoyées, Stephen Miller, haut conseiller à la Maison-Blanche, a répondu : « Pour les Haïtiens ? Absolument. » Pourtant, le Département d'État maintient Haïti au niveau 4 de ses alertes, le plus élevé : « Ne pas voyager ».
Et après l'arrivée ? L'Office national de la migration affirme offrir une aide aux rapatriés, notamment médicale, avec la Croix-Rouge haïtienne et le ministère de la Santé publique. Mais selon Human Rights Watch, il n'existe aucun dispositif durable d'hébergement, de soins, de transport, de protection ou de réinsertion. Cap-Haïtien, où près de 1,5 million de déplacés à travers le pays cherchent aussi refuge selon l'Organisation internationale pour les migrations, est débordée : « La ville est complètement saturée », dit son ancienne maire, Angie Bell. Et rejoindre Port-au-Prince, à quelque 200 kilomètres, signifie emprunter des routes où les gangs tiennent des barrages, avec des risques d'extorsion et d'enlèvement.
« Tout le pays est en crise, et ce n'est pas un endroit sûr », résume Allie Pasieka, de l'International Rescue Committee. Selon Human Rights Watch, des responsables haïtiens auraient été informés de l'intention américaine de passer à deux vols par semaine, d'environ 200 personnes chacun — une intention que le Département de la Sécurité intérieure n'a pas confirmée, en invoquant des raisons de sécurité. En attendant, les vols continuent, et la même scène se rejoue chaque semaine sur le tarmac de Cap-Haïtien.
Denès DERAPE — Journalist / Rédacteur
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