La diplomatie le jour, les missiles la nuit : Kyiv frappée par 21 missiles balistiques quelques heures après la rencontre Witkoff-Poutine
Il y a des coïncidences qui ressemblent à des messages. Mercredi, l'émissaire américain Steve Witkoff passait trois heures avec Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg pour relancer les négociations de paix. Le soir même, dès 18 heures, la Russie déclenchait l'une de ses plus violentes attaques de ces derniers mois contre Kyiv : 21 missiles balistiques tirés en trois vagues sur la capitale ukrainienne, accompagnés de 210 drones.
Selon le président Volodymyr Zelensky, au moins deux personnes ont été tuées et 34 blessées, dont cinq enfants, et douze régions du pays ont été attaquées. Dans la capitale, six districts ont été touchés : immeubles d'habitation, installations énergétiques, infrastructures d'une gare et du métro — le pont Sud, qui enjambe le Dniepr, a été endommagé et la circulation y a été restreinte —, centres commerciaux, entreprises, et même un monastère. Dans le district de Pecherskyi, une station d'ambulances a été frappée : six véhicules de secours endommagés, huit blessés, dont trois enfants. L'armée de l'air ukrainienne affirme n'avoir intercepté aucun des missiles, mais avoir abattu ou neutralisé 181 des 210 drones ; des impacts ont été signalés sur 32 sites.
La réponse de Zelensky, sur ses réseaux sociaux, est d'une ironie glaciale. Elle vise directement Witkoff, qui avait salué en Poutine un « humanitaire » après la libération d'un Américain détenu en Russie : « Trois vagues de missiles balistiques ont été lancées sur Kyiv par les "humanitaires" russes (…) Ils ont utilisé 21 missiles. » Et le président d'ajouter : « Presque immédiatement après une nouvelle séance de discussions, la Russie a lancé une attaque frontale. Cela signifie qu'il n'y a aucun changement réel dans son attitude. » Pour Kyiv, la conclusion est claire : sans pression réelle — défenses antiaériennes renforcées, intercepteurs livrés rapidement, capacité de frapper les lanceurs, sanctions maintenues — les discussions ne changeront rien. Son ministre des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a enfoncé le clou : « l'apaisement, la servilité et la flatterie » n'arrêteront pas cette guerre.
L'attaque ne s'est pas limitée à la capitale : dans la région de Kharkiv, dans le nord-est, une personne a été tuée et quatre blessées, selon le gouverneur, et des infrastructures énergétiques ont été visées près de Krementchouk, dans le centre. Moscou, de son côté, parle d'une « frappe massive » contre les infrastructures portuaires de la région d'Odessa et des navires utilisés par l'armée ukrainienne.
La même nuit, l'Ukraine a riposté avec l'une de ses plus grandes attaques de drones contre la Russie : 630 drones en direction de Moscou, selon le maire Sergueï Sobianine — deux blessés près de la capitale et des restrictions temporaires dans ses quatre aéroports —, un mort et un blessé dans la région frontalière de Belgorod, un blessé à Lipetsk. Moscou affirme avoir abattu 808 drones au-dessus de 17 régions, de la Crimée occupée et de la mer Noire.
Sur le papier, pourtant, la diplomatie continue d'avancer. Witkoff parle de discussions « constructives » et de pourparlers trilatéraux au niveau technique. Le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov indique que Poutine a accepté le principe d'une reprise des négociations à trois après le 10 novembre, une fois passées les élections de mi-mandat américaines — tout en jugeant insuffisantes les propositions apportées d'Oslo. Zelensky dit soutenir la démarche et espère des discussions dès début novembre, les premières depuis février. Les deux camps ont même échangé les dépouilles de soldats tombés : 252 corps remis par Moscou, 25 par Kyiv.
Mais l'air se durcit entre Kyiv et Washington. Des responsables ukrainiens accusent l'administration américaine de ne plus transmettre les alertes précoces sur les tirs russes, d'avoir restreint le système satellitaire qui guide leurs drones et de retenir des systèmes de défense achetés par les Européens — ce que Washington dément formellement. En attendant, la nuit du 21 au 22 octobre restera comme le résumé brutal de ce moment de la guerre : le jour, on parle de paix autour d'une table ; la nuit, les missiles répondent.
Denès DERAPE — Journalist / Rédacteur
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