Haïti : la République dominicaine prête à soutenir l'opération salvadorienne pour retrouver les quatre militaires disparus
Le président dominicain Luis Abinader a annoncé samedi 24 octobre avoir échangé avec son homologue salvadorien Nayib Bukele sur une collaboration logistique et de renseignement pour les opérations visant à retrouver les quatre militaires salvadoriens disparus depuis l'embuscade du 18 octobre à Santo, dans la commune de Croix-des-Bouquets. Il a également annoncé un renforcement de la frontière dominicaine, en particulier dans le sud, avec des militaires, des blindés, des drones et des avions.
Cette annonce donne une dimension régionale à une crise qui, jusqu'ici, se jouait surtout entre Haïti et le Salvador. La République dominicaine partage l'île d'Hispaniola avec Haïti, et toute déstabilisation dans l'ouest de l'île a des répercussions directes sur sa sécurité frontalière. Le soutien annoncé prend deux formes distinctes : d'un côté, une aide logistique et de renseignement aux opérations de recherche ; de l'autre, un dispositif renforcé du côté dominicain de la frontière. Il ne s'agit pas, à ce stade, d'un déploiement de troupes dominicaines en Haïti.
Pour comprendre l'enjeu, il faut revenir au dimanche 18 octobre. Ce jour-là, à Santo, le véhicule blindé des quatre techniciens de l'aviation salvadoriens — membres du contingent salvadorien de la force internationale, chargés notamment des évacuations médicales — a été attaqué par des individus armés, puis incendié. Les quatre hommes ont réussi à fuir le véhicule en feu, avant que tout contact ne soit perdu avec eux. Depuis, les recherches n'ont rien donné, et aucun groupe n'a revendiqué l'attaque.
La mobilisation s'est depuis considérablement accélérée. Un nouvel avion arrivé vendredi soir a porté à 450 le total des militaires salvadoriens déployés en Haïti, dont 200 membres des forces spéciales arrivés en deux vagues cette semaine. Le déploiement s'accompagne d'un soutien logistique américain, avec des avions de transport fournis par le Pentagone, mais aucun soldat américain ne participe aux opérations sur le terrain. Le président salvadorien, qui avait annoncé une opération pour retrouver ses compatriotes et lancé un ultimatum aux gangs, a réaffirmé vendredi sa détermination.
L'offre dominicaine intervient à un moment délicat. Samedi soir, le président salvadorien a démenti que les restes humains remis à l'aéroport soient ceux des quatre hommes, après l'annonce de la découverte de quatre corps présumés. Les quatre techniciens restent donc portés disparus, et chaque jour qui passe alourdit l'attente de leurs familles comme la pression sur les autorités des deux pays. Le gouvernement haïtien avait fait de leur libération une « priorité absolue ».
Reste à voir la forme concrète que prendra ce soutien dominicain : quels moyens de renseignement seront partagés, selon quel canal, et dans quel délai. Mais l'annonce marque déjà un tournant : la recherche des quatre disparus n'est plus seulement une affaire salvadorienne et haïtienne, elle mobilise désormais un troisième pays de la région.
Denès DERAPE — Journalist / Rédacteur
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