Haïti : 6 704 candidats inscrits aux élections, dont 18 à la présidence — la course est lancée, la date toujours attendue


 Le Conseil électoral provisoire (CEP) a publié, le 26 octobre, les chiffres actualisés des inscriptions de candidats pour les prochaines élections générales : 6 704 candidatures enregistrées au total, dont 18 pour la présidence de la République. C'est le tableau le plus complet livré à ce jour par l'institution électorale, et il donne une première mesure de l'ampleur de la compétition à venir.

Dans le détail, les candidatures se répartissent ainsi : 359 au Sénat, 1 239 à la députation, 1 558 aux mairies, 2 178 aux CASEC (conseils d'administration des sections communales) et 1 322 aux ASEC (assemblées des sections communales). Le chiffre qui frappe le plus, c'est le poids des échelons locaux : à eux seuls, les CASEC et les ASEC représentent 3 500 candidatures, soit plus de la moitié du total. Autrement dit, la bataille électorale se jouera d'abord dans les sections communales, au plus près des citoyens, avant même les grandes affiches nationales.

Pour la présidence, ils sont donc 18 à briguer la magistrature suprême. Parmi eux, le dernier en date à être désigné est Jean-Marie Junior Salomon, ancien sénateur du Sud, choisi par l'Organisation du peuple en lutte (OPL) le 24 octobre. Il devient ainsi le 18e candidat à la présidence. Une autre candidature d'envergure était déjà connue : celle de l'ancien président Michel Martelly, qui a déposé son dossier le 17 octobre sous la bannière DEBLOKE. Le reste de la liste présidentielle reste à découvrir dans le détail, mais le nombre à lui seul dit quelque chose du paysage politique haïtien : une offre extrêmement fragmentée, où de nombreux partis et regroupements tentent leur chance.

Ces chiffres de candidatures s'ajoutent à ceux des électeurs : le CEP affirmait, dans sa note du 25 octobre, avoir enregistré 878 217 électeurs au 23 octobre, avec 1 306 centres d'inscription et de vote opérationnels. Les inscriptions d'électeurs restent ouvertes jusqu'au 31 octobre, et l'institution a déployé une opération mobile d'enregistrement, avec des agents du registre électoral envoyés dans les institutions publiques, les entreprises privées et les espaces fréquentés, pour permettre aux détenteurs de la carte d'identification nationale de s'inscrire sans se déplacer vers un centre.

Reste la grande inconnue : la date du scrutin. Le CEP ne l'a toujours pas annoncée. Or le temps presse sur le plan politique. Le Cadre de réflexion et de concertation (CFR), qui regroupe 44 partis et organisations, a jugé le 25 octobre que le Pacte national est « totalement épuisé » et a créé un comité d'échanges — Dr Alex Larsen, Marie Denise Claude et Pr Mackenson Joseph — pour tenter de dégager un « ultime consensus » avant le 7 février 2027, date à laquelle la transition actuelle est censée prendre fin. De son côté, la FUSION/PFSDH dénonce la succession d'échéances annoncées puis non respectées et réclame des garanties de sécurité et de crédibilité avant toute nouvelle date.

La prochaine étape, désormais, c'est la validation des candidatures. Le CEP devra examiner les dossiers, écarter ceux qui ne remplissent pas les conditions prévues par le décret électoral — on se souvient que, pour les partis eux-mêmes, seules 36 des 105 organisations accréditées avaient réuni les 30 000 membres validés exigés — puis publier les listes définitives. C'est à ce moment-là que la campagne prendra réellement forme, avec ses affiches, ses meetings et ses débats. En attendant, une chose est déjà certaine : avec 6 704 candidats sur la ligne de départ, la compétition s'annonce dense, disputée, et scrutée de près par des électeurs qui attendent de voter depuis des années.

Denès DERAPE — Journalist / Rédacteur

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