GSF : plus de 600 tonnes d'équipements venus du Bangladesh pour renforcer la force anti-gangs
Cette contribution allemande n'est pas nouvelle. Dès le mois d'août, le ministère allemand de la Défense avait annoncé la mise à disposition de capacités de transport aérien de ses forces armées pour faciliter l'acheminement de matériels et d'équipements destinés aux contingents internationaux en Haïti. Le 19 octobre, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la responsable du Bureau d'appui de l'ONU en Haïti avait expressément remercié l'Allemagne et la Belgique pour leurs contributions au transport aérien stratégique. Car c'est là l'un des principaux besoins de la mission : transporter véhicules, fournitures et équipements depuis les pays qui fournissent des personnels jusqu'aux bases opérationnelles haïtiennes.
La GSF, dont le mandat a été prolongé jusqu'au 31 mars 2027, monte en puissance avec l'objectif d'atteindre 5 500 effectifs dans les prochains mois, alors que plus de 2 100 sont déjà déployés. Sur le terrain, la force mène des opérations contre les gangs — notamment contre le gang Chen Mechan — et coopère avec la Police nationale et l'Organisation des États américains autour de cinq bases opérationnelles avancées. Elle a aussi dû, cette semaine, dénoncer publiquement ce qu'elle présente comme une campagne de désinformation des gangs à son encontre.
Mais ce renfort arrive au moment où le paysage sécuritaire haïtien se complique davantage. En une semaine, plus de 2 000 soldats salvadoriens sont arrivés en Haïti, en dehors de la chaîne de commandement de la GSF et en dehors des cadres internationaux existants, même si Washington les soutient. Le gouvernement haïtien a approuvé mercredi un accord bilatéral autorisant les forces salvadoriennes à opérer dans le pays, et leur effectif pourrait doubler ou tripler selon des sources proches du dossier. Le président salvadorien Nayib Bukele affirme que ses troupes sont venues pour combattre les criminels et obtenir le retour des quatre techniciens militaires portés disparus depuis l'attaque du 18 octobre à Santo, à Croix-des-Bouquets.
Cette multiplication des forces inquiète les observateurs. Sur le terrain se côtoient désormais la Police nationale, l'armée haïtienne, une « task force » composée de mercenaires étrangers, les quelque 2 000 agents de la GSF et les soldats salvadoriens — cinq forces séparées sans réel commandement unifié, selon des analystes. Le Pentagone a confirmé l'envoi d'au moins deux avions militaires à Port-au-Prince la semaine dernière pour du soutien logistique, et une vingtaine de vols charter entre San Salvador et Port-au-Prince ont été recensés du 22 au 29 octobre. Le commandement, les règles d'engagement et la durée du déploiement salvadorien restent non clarifiés officiellement.
Pendant ce temps, les civils paient le prix fort. Entre le 18 et le 26 octobre, les hôpitaux de Médecins Sans Frontières à Tabarre et à Cité Soleil ont reçu 30 patients blessés par balle ou par des explosions de drones, dont des femmes et des enfants. La cheffe de mission de l'organisation en Haïti, Davina Hayles, a rappelé que « les civils doivent impérativement être protégés et épargnés ». Restent donc ouvertes les questions essentielles : comment les 600 tonnes d'équipements seront distribuées, si la GSF atteindra ses 5 500 effectifs, qui commandera réellement l'ensemble des forces étrangères, et surtout quand les quatre Salvadoriens disparus — et les restes humains remis le 24 octobre, toujours non identifiés — connaîtront enfin leur sort.
Denès DERAPE — Journalist / Rédacteur
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