Affaire Jovenel Moïse : à Miami, John Joël Joseph raconte avoir brisé ses deux téléphones après l'assassinat


C'est l'un des hommes accusés dans l'assassinat du président Jovenel Moïse, et il purge une peine de prison aux États-Unis. Ce vendredi 23 octobre, devant le tribunal fédéral de Miami où se tient le procès de Christian Emmanuel Sanon, l'ancien sénateur John Joël Joseph a déclaré qu'après l'assassinat, il avait brisé les deux téléphones qu'il possédait, pour éviter que la police ne garde le contrôle sur lui et ne puisse retracer ses déplacements.

John Joël Joseph — Joseph Joel John, dans la procédure américaine — est un ancien sénateur de la République. Six jours après l'attaque du 7 juillet 2021 contre la résidence présidentielle de Pèlerin 5, la police haïtienne avait lancé un mandat contre lui : le directeur général de la police de l'époque, Léon Charles, le présentait alors comme l'un des cerveaux du complot, l'accusant d'avoir fourni des armes aux assaillants et organisé des réunions de préparation. L'ancien parlementaire avait quitté Haïti et vivait caché en Jamaïque avec sa famille lorsqu'il a été arrêté, en janvier 2022. Extradé vers les États-Unis en mai 2022, il a été le troisième homme inculpé dans le volet américain du dossier.

Devant la justice américaine, il a reconnu une série de faits : avoir fourni des véhicules de location utilisés par les comploteurs, les avoir mis en contact avec des gangs dont ils cherchaient l'appui, avoir tenté de se procurer des armes, et avoir participé à une réunion avec d'autres conspirateurs la veille même de l'assassinat. Le 10 octobre 2023, il a plaidé coupable de trois chefs d'accusation, dont conspiration en vue de tuer ou d'enlever une personne à l'étranger et fourniture d'un soutien matériel au complot. Le 19 décembre 2023, le tribunal fédéral de Miami l'a condamné à la prison à vie.

C'est donc depuis sa cellule qu'il vient témoigner, comme témoin coopérant de l'accusation — les procureurs l'avaient inscrit sur leur liste de 58 témoins pour ce procès. Sa déclaration sur les téléphones brisés prend un relief particulier : depuis le début du mois, les procureurs appuient une partie de leur dossier sur l'analyse par le FBI d'appels, de messages texte et de conversations WhatsApp entre les protagonistes du complot. Détruire ses appareils, c'était aussi faire disparaître des traces.

La défense de Christian Emmanuel Sanon conteste la valeur de ce témoignage : elle soutient que les anciens coaccusés qui déposent contre son client le font dans l'espoir d'obtenir une réduction de leur peine. L'ancien sénateur avait d'ailleurs reconnu, lors d'un précédent procès dans ce même dossier, avoir d'abord retenu certaines informations par peur pour sa vie, tout en assurant dire désormais la vérité. Christian Emmanuel Sanon, lui, plaide non coupable des huit chefs d'accusation retenus contre lui et reste présumé innocent. Son procès se poursuit à Miami, plus de cinq ans après le magnicide, alors que les commanditaires du crime n'ont toujours pas été formellement identifiés.

Denès DERAPE — Journalist / Rédacteur


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